Bribes de vie d’une prostituée

Crédit photo: Carole Gomez/ Getty Images

Crédit photo : Carole Gomez/ Getty Images

Elle avait bien essayé de convaincre sa tante que la prostitution était son avenir. Mais la bonne vieille continue d’égrainer son chapelet, elle espère un miracle de la sainte Vierge. Elle prie sans cesse pour la repentance de sa petite-nièce. Comme si être une fille de joie était la malédiction du siècle.

Caroline Daméus avait 16 ans quand ce mardi 12 janvier 2010, en l’espace de 35 secondes, elle a perdu son père et sa mère dans cette grande tragédie qui avait frappé le pays. Ce fut seulement après la mort de ses parents qu’elle commença à prendre goût à la triste vie des jeunes en Haïti.

Belle pouvait être son deuxième prénom. D’une taille médiocre, l’adolescente est d’une beauté remarquable. Ses longs cheveux noirs ne vous laissent pas la chance d’admirer convenablement son visage très pâle. Son plus grand défaut, c’est qu’elle est une fleur de macadam. C’est sa vie. Elle assume pleinement son choix.

L’orpheline était hébergée chez sa tante, vivant sous les bâches déchirées par le vent. Elle livre un combat avec la vie, sans pour autant avoir la chance de reprendre le chemin de l’école. Elle avait seulement un endroit pour reposer sa tête. Pour trouver le pain quotidien, elle devait guetter jour et nuit les passants de sa ruelle. Ce camp, hélas, ne bénéficiait pas du support des ONG ou d’une agence de développement. Avec des hauts et des bas sa destinée suit son cours.

La vie ne fait pas de cadeau. Ça, elle vient tout juste de l’apprendre. Elle s’était sentie seule au monde. A la maison, dans les rues, on la voit les yeux rougis et la joue ruisselante. C’est qu’elle ne cessait jamais de pleurer. Il y a sûrement un moyen d’y arriver disait-elle. Mais arriver où  exactement ? À connaitre enfin une vie heureuse, loin des peurs, des pleurs, de la faim et surtout de l’humiliation.

Elle a fait le choix de vendre sa chair

Dans la vie, on a souvent un choix. Qu’il soit bon ou mauvais, on aura à faire face de toute façon aux critiques de certains éléments de notre société. Caroline avait compris cela, elle avait beau lutter de tout son être pour ne pas finir sur le trottoir, mais rien n’est jamais facile sur la planète bleue.

Aujourd’hui, elle est juste une pute, sans honte ni pudeur. Elle a son prix comme tout le monde. Son sexe, c’est ce qui a le plus de valeur chez elle. Juchée sur des hauts talons, délicatement dessinés, elle sort le soir vers dix heures, à l’affût des voitures qui passent et des hommes qui sifflent. Elle espère gagner au moins 50 dollars américains par nuit.  Elle offre son corps, pas son âme. Elle vous propose son sexe, mais pas son cœur.

À l’adolescence, il est normal qu’une jeune fille soit attirée par des garçons. Mais, Caroline n’avait jamais imaginé qu’elle passerait sa vie à écarter ses jambes au lieu d’ouvrir des livres. Cependant, sa physionomie, sa démarche, sa voix, son sourire avaient quelque chose de très particulier. Elle gardait au plus profond de son être son âme d’enfant.

Parfois, la vie vous fait à l’aube une promesse qu’elle ne tient pas toujours. On est obligé pour survivre de tenir la branche la plus proche.

7 Commentaires

  1. Je trouve que ce commentaire, tres touchant, contient une pointe de mepris dans « ouvrir les jambes au lieu d’ouvrir les livres ». Je crois que le plus vieux metier du monde n’est pas toujours aussi sordide, et que celles qui le pratiquent meritent plus de respect.

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