En Haïti, le programme Ekolakay pour assainir l’environnement

Dans les villes de province d’Haïti et dans certains bidonvilles du pays la crise de l’assainissement se fait vivement ressentir. N’étant pas en mesure d’éliminer les excréments sans risque, ajoutant la mauvaise habitude qu’ont certains de faire leurs besoins en plein air, l’environnement haïtien subit tous les aléas des mauvais comportements.

On a peine à le regarder. Il sent mauvais. À la campagne, la défécation en plein air par les enfants ou par des adultes est monnaie courante. Pourtant, les matières fécales peuvent devenir le nouvel or noir dans le monde et notamment à Haïti, si simplement nous acceptons de leurs offrir une seconde vie.

En 2006, SOIL (Sustainable Organic Integrated Livelihoods), un organisme international qui recycle des déchets en ressources importantes pour l’environnement, avait compris cela et a implanté à Milot, une commune du département du Nord, les premières toilettes sèches à compost à Haïti. Depuis, leurs initiatives en faveur de l’environnement ne cessent d’évoluer.

En 2009, ils ont décidé de construire le premier site de traitements de déchets dans le Nord du pays. Avec le soutien de la population, ce site traite les matières fécales des toilettes publiques de la ville de Cap-Haïtien.

Basé à limonade, à environ seize kilomètres de la deuxième ville du pays, dans la localité de Du BOUT, cet organisme se donne pour mission de transformer les déjections humaines en ressources importantes pour l’environnement.

Ekolakay, un programme d’assainissement familial 

Lundi 12 juin 2017. Il est 10h 15. Après cinq minutes de marche dans la forêt, on arrive dans les locaux de l’organisation SOIL à limonade. Dans une pièce équipée d’une table et d’environ six chaises en paille et d’un ventilateur pour combattre cette chaleur étouffante de l’été, l’assistant directeur régional Nord de SOIL, Antoine Emmanuel nous a reçus pour une entrevue sur leurs activités à Haïti, et particulièrement sur le projet des toilettes écologiques pour les familles.

Si le problème de l’environnement est d’actualité aujourd’hui, il faut reconnaître que le problème de l’élimination de nos déchets et l’installation des toilettes sanitaires ont toujours été une grande préoccupation pour la population.

Durant de longues années, même après l’épidémie de choléra à Haïti, « il n’est pas rare de voir des excréments humains qui se répandent dans la nature à Port-au-Prince, mais aussi dans d’autres grandes villes du pays. », explique M. Antoine Emmanuel.

Aujourd’hui, « grâce au programme d’Ekolakay certaines familles des quartiers populeux de la ville de Cap-Haïtien, et des autres communes du département n’ont plus besoin de jeter leurs matières fécales dans les espaces publics. », se réjouit Romel Toussaint, directeur régional Nord de SOIL.

Un produit sain et écologique

Avec le projet Ekolakay, chaque famille, même les plus modestes peuvent s’offrir une toilette écologique moyennant le paiement mensuel de 200 gourdes. Fonctionnant comme un business social, « depuis octobre 2016, il y a environ mille deux cents familles qui paient chaque mois pour ce service », ajoute Erinold Fréderic, directeur du programme Ekolakay.

Au niveau des campagnes, la défécation en plein air entraîne la contamination des sources d’eau et des sols. C’est pour combattre ce phénomène qu’Ekolakay propose un produit sain et écologique.

Après une formation à destination des familles intéressées par ce produit, les techniciens vont leur installer le kit. Ce kit comprend principalement : un meuble toilette, un seau destiné spécialement à recevoir les matières fécales, un autre récipient servant d’urinoir, un composant pour chasser les mauvaises odeurs et une poubelle.

Le kit complet des toilettes Ekolakay peut être installé n’importe où, à proximité de la maison, tout comme à l’intérieur d’un appartement. Il est possible de l’installer dans un jardin isolé ou lors des activités en plein air, etc. « Dans les familles, nous avons rendez-vous chaque semaine pour collecter les récipients contenant les cacas pour les transporter sur notre site, afin de les transformer en compost. », confie fièrement Erinold Fréderic, directeur de ce programme.

Sachant que, l’absence d’un système d’assainissement entraîne toujours une multitude de dangers sanitaires pour les paysans, « les toilettes d’Ekolakay sont en effet, très économiques pour les familles. Le kit est portatif, très facile à installer, ne dégageant aucune odeur pouvant insulter les narines, bref ce projet aide aussi à protéger les nappes phréatiques contre toute contamination » conclut Romel Toussaint directeur régional Nord de SOIL.

Défi de la gestion des déchets

Étudiante en aménagement du territoire et de l’environnement à l’Université de Limonade, Jacqueline estime que « pour évoluer dans un environnement sain, la gestion de nos déchets doit être toujours au centre des débats ».

En effet, la gestion des déchets représente un grand défi pour la population haïtienne, le secteur du recyclage n’évoluant pas assez dans le pays. Toutefois, l’organisation SOIL se déclare être capable de transformer en engrais organique plus de cinquante tonnes de déchets humains et agricoles par mois.

Cet engrais organique, testé dans leur laboratoire à Limonade, est mis sur le marché pour servir dans l’agriculture. Si l’on connaissait déjà les vertus des excréments humains pour l’environnement, à Haïti, on faisait peu de cas de cette richesse qui nuit tant à l’environnement.

En effet, si l’élimination des déchets dans l’environnement contribue à la dégradation de notre milieu ambiant, par la contamination de l’air, de l’eau et du sol. La transformation ou le recyclage des déchets sera bénéfique pour l’économie haïtienne, mais elle sera surtout un grand don à l’endroit de l’environnement.

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